La Linterna : les affiches de Cali, en exclusivité à Paris
Dernière mise à jour : il y a 9 minutes
La Linterna est une imprimerie de Cali, et l'un des emblèmes de l'art graphique colombien. Depuis 1934, elle imprime à la main les affiches qui racontent la ville.

Un emblème de l'art graphique colombien
Aujourd'hui, La Linterna est une référence de la gráfica popular, cet art graphique de rue qui raconte le pays. Ses affiches portent des causes sociales, la défense des paysages et des espèces, des visages de Colombie et d'Amérique latine, et des phrases de la culture salsa qui est l'âme de Cali.
C'est une galerie vivante autant qu'une imprimerie. Le style se reconnaît d'un coup d'œil : couleurs franches, lettres composées à la main, images taillées dans le linoléum.


Une presse de 1870 qui tourne encore
L'atelier se trouve dans le quartier San Antonio, à Cali. À l'intérieur, des machines que plus personne n'utilise ailleurs, et des imprimeurs qui les connaissent par cœur. Voici comment tout cela a tenu debout presque un siècle, et comment ces affiches sont arrivées jusqu'à Montmartre.
1934, tout commence avec un journal
À l'origine, La Linterna est l'atelier d'un supplément du quotidien caleño El Relator. Entre deux numéros, les presses servent à autre chose : les affiches de rue. Les bals, les concerts, les annonces de quartier. Le papier collé sur les murs de la ville.
Cali regarde ses murs. La Linterna imprime ce qu'elle y lit.
Des machines du XIXe siècle en guise d'indemnité
Dans les années soixante, le journal s'arrête. Fernando Roa, alors directeur de La Gaceta, reçoit pour solde de tout compte les rotatives de la maison, des machines qui datent du siècle précédent. Plutôt que de les vendre au poids, il en fait un atelier.
Ces presses, une de 1870 et une de 1890, sont celles qui impriment encore aujourd'hui.
Un atelier qui a survécu à la fin d'un journal, à l'interdiction des affiches et à l'arrivée du numérique.
Quand la ville interdit de coller des affiches
Au début des années deux mille, la municipalité interdit l'affichage sur les murs. Pour un atelier qui vit du papier collé en pleine rue, le coup est rude. Le travail se raréfie, la succursale de Bogotá ferme, et l'imprimerie se retrouve au bord de l'arrêt définitif.
Trois maîtres imprimeurs continuent pourtant de venir, et de faire tourner les machines.
Deux artistes poussent la porte
Vers 2017, deux plasticiens de Cali, Fabián Villa et Patricia Pardo, cherchent une manière d'imprimer les affiches d'une exposition. Ils veulent un rendu que le numérique ne sait pas donner. Quelqu'un leur parle d'un vieil atelier de San Antonio.
Ils entrent, ils voient les machines, ils écoutent l'histoire. Et au lieu de repartir avec leurs affiches, ils montent un projet pour sauver la maison. Leur idée décisive : que les machines reviennent aux trois maîtres imprimeurs encore présents. C'est ainsi que La Linterna repart, entre les mains de ceux qui savent s'en servir.
1934 L'atelier naît avec un supplément du journal El Relator, à Cali.
1960 Le journal s'arrête. Les rotatives du XIXe siècle deviennent un atelier d'affiches.
2000 L'affichage sur les murs est interdit dans la ville. Les commandes se font rares.
2017 Fabián Villa et Patricia Pardo lancent le sauvetage. Les machines passent aux imprimeurs.
2026 L'atelier vient à Montmartre pour trois jours, chez nous.
Le geste, tel qu'il se fait encore
Le motif est gravé à la main dans le linoléum. Le texte est composé lettre par lettre, en caractères mobiles. On encre, on pose la feuille, on actionne la presse. Une couleur, un passage, puis on recommence pour la suivante.
Le relief se sent sous le doigt, l'encre a de la matière, et deux tirages ne sont jamais tout à fait identiques. C'est exactement ce qu'une impression industrielle ne sait pas faire.
Elles étaient sur nos murs, vous vouliez les acheter
Chez nous, tout a commencé par de la décoration. Les affiches étaient accrochées dans la boutique, simplement parce qu'elles nous plaisaient. À chaque visite, la même question revenait : est-ce qu'on peut les acheter ?
Nous sommes donc allés à Cali en chercher une sélection, et nous sommes la seule adresse à Paris à les proposer.
Trois jours à Montmartre
Du 5 au 7 juin, l'équipe de l'atelier a fait le voyage jusqu'à la rue des Trois Frères. Trois jours d'exposition et de vente, entrée libre, midi à vingt heures, avec les imprimeurs pour raconter leur métier.
Le samedi soir, pour la Nuit Blanche, la boutique a continué en musique : un DJ set de Borja, puis Humberto Pernett qui a joué quelques uns de ses titres de technocumbia et présenté son nouveau morceau en avant première.

Deux formats,
une édition limitée
Chaque tirage est imprimé sur un papier d'art de 150 g, en édition limitée, sans cadre. Une affiche se choisit mieux en vrai : les nôtres sont accrochées en boutique, et nous vous montrons ce qui reste du moment.
Voir les affiches
Comptoir Latino, 30 rue des Trois Frères, 75018 Paris, Montmartre.
Métro Abbesses ou Anvers. Du mardi au dimanche, de 13h30 à 20h.



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